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10 - Témoignages - MAI 1968 : ALERTE “ARMADA” au 5ème R.I. par Pierre Suchet

Le mercredi 8 mai 1968, on s’est levé tôt à la CC2 (Compagnie Commando N° 2). A six heures du matin, le café est expédié. On s’habille vite: tenue de sortie et rangers. Rassemblement à 7 heures, puis embarquement dans les camions Simca. Direction: l’Arc de Triomphe de l’Etoile pour une cérémonie à 10 heures avec les trois Armes, en commémoration de l’anniversaire du 8 mai 1945. Le général de Gaulle, chef de l’Etat,
ranime la flamme en présence des Autorités, puis passe les troupes en revue à bord d’un command car. Retour au camp de Frileuse et surprise: au lieu d’enlever les rangers et de les remplacer par les chaussures de sortie pour partir en permission comme prévu, nous recevons l’ordre de nous mettre en treillis. “Vous êtes en alerte à 4 heures”. C’est
l’alerte “Armada”.


“Toutes les permissions sont supprimées jusqu’à nouvel ordre”, nous informe notre chef de peloton, l’adjudant-chef Candidda. Je faisais alors le P2, ou peloton de sous-officier au sein de la CC2 qui était d’ailleurs ma compagnie d’affectation après mon incorporation en septembre 1967, les classes à l’UI 1 puis mon passage au P1 (peloton de caporal). Le P2 était à 90% composé de sursitaires, donc d’anciens étudiants dont on pouvait penser “a priori” qu’ils étaient plutôt bien disposés à l’égard des étudiants qui manifestaient à la Sorbonne et dans
Paris et commençaient à dresser des barricades. Mais l’esprit civique et celui du brave “Navarre Sans Peur” avait soufflé et pris le dessus. Nous étions prêts à obéir aux ordres quels qu’ils fussent. Quant aux autres appelés du contingent, la réaction était quasi unanime: “ces c... d’étudiants nous emm......, les perms sont sucrées; y en a marre” pouvait-t-on entendre dans les chambrées.


L’alerte Armada dont on sut qu’elle était nationale et concernait toutes les unités opérationnelles du territoire, se concrétisa dès le 9 mai, par une distribution générale de pelles-bêches avec une consigne simple, mais psychologiquement efficace: “si on vous tape dessus vous répliquez avec la pelle US”. A vrai dire, les nouvelles venant de Paris ne sont
pas réjouissantes. Les incidents se multiplient au Quartier latin et un peu partout dans Paris puis en province. Les blessés se comptent par centaines parmi les manifestants et les forces de l’ordre, gendarmes mobiles et CRS. Le 13 mai, les politiques et les syndicats prennent le
mouvement en marche et décident une grève générale qui fait peu à peu tache d’huile. Le 24 mai, alors que le général de Gaulle s’adresse au pays en demandant aux Français “de donner à l’Etat et d’abord à son chef, un mandat pour la rénovation avec un oui massif”, les manifestations et incidents redoublent d’intensité. L’opposition commence à évoquer l’organisation d’un “contre-pouvoir”. Au 5ième, le régiment est passé en alerte à deux heures avec la perspective de plus en plus certaine d’interventions destinées, pour le moins, à ramasser les poubelles, mais plus probablement, à protéger des points sensibles
dans la capitale et sa périphérie. L’appréhension est sensible dans les rangs. Au P2, le moral est gonflé à bloc. Tout le monde est d’accord pour condamner l’anarchie et le blocage des activités un peu partout en France.


La sensation de vivre des moments historiques est d’autant plus forte que depuis la mi-mai, des troupes d’élite ont débarqué au camp et planté leurs tentes sur les nombreux espaces disponibles : le 3ième RPIMA et une compagnie de commandos marine avec béret vert. Cette dernière arrivait directement du Tchad où elle venait de passer un mois d’opérations contre les rebelles d’Hissène Habré et des éléments de l’armée libyenne. Des durs, prêts à entrer en action sans états d’âme. Pour couronner le tout, des hélicoptères lourds Sikorsky ont débarqué des caisses de munitions à la soute à munitions du camp. Le poste de garde est renforcé. Paras et commandos marine verrouillent tous les accès du camp.


La tension atteint son comble le mercredi 29 mai lorsque le général de Gaulle quitte soudain l’Elysée sans explications pour se rendre à Colombey les deux Eglises. Parti à 11h30 il n’arrive à Colombey en hélicoptère qu’à 18h15. Où est-il allé entre-temps ? Le 30 mai à 18H00, place de la Concorde, une grande manifestation silencieuse regroupant environ un million de personnes, clame son soutien aux institutions et au Président de la République. Ce dernier, après avoir convoqué à 15 heures un Conseil des Ministres, avait dénoncé “ la subversion, couverte par des politiciens au rancart”. Il avait appelé à organiser “l’action civique, partout et tout de suite”, pour aider le gouvernement et les préfets. De son côté, le secrétaire général du Parti Socialiste, François Mitterrand, avait affirmé qu’il s’agissait là “d’un appel à la guerre civile”.


Le ton était donné. Au 5ième, la nuit du 29 au 30 mai fut courte. Les pelles-bêches furent remplacées par l’armement spécifique des équipes choc et équipes feu. Des caisses de rations furent entreposées dans les couloirs. Le régiment passa en alerte à un quart d’heure et des
faisceaux d’armes avec sentinelles furent mis en place à l’extérieur. Paras et commandos marine étaient pour leur part en alerte immédiate, prêts à monter dans les camions. De fait, le général de Gaulle s’était rendu d’urgence à Baden-Baden au quartier général des Forces Françaises en Allemagne pour y rencontrer le général Massu. Au P2, nous passâmes le
restant de la nuit en tenue de combat, sur la couverture, avec casque lourd et MAS 49-56 suspendus au pied du lit.


Le lendemain, la détente fut perceptible. La grande manifestation du 30 mai avait porté ses fruits et la rencontre historique de Baden-Baden s’était traduite par la sage décision de reprendre le pays en mains sans faire intervenir l’armée. Les accords de Grenelle menés tambour battant par le premier ministre Georges Pompidou avaient par ailleurs désarmé et
démobilisé les syndicats. Au 5ième, nous repassâmes en alerte à 4 heures, puis à 8 heures. La fin du mois de juin fut en grande partie consacrée à consommer, aux stands de tir fusil et PM, les munitions qui avaient été débloquées pendant l’alerte Armada. Heureux furent les tireurs.


Pierre Suchet


Date de création : 21/04/2008 @ 09:10
Dernière modification : 04/09/2010 @ 19:04
Catégorie : 10 - Témoignages
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